Comment gérer l’hypersensibilité en voyage – confession d’une voyageuse émotive

Aujourd’hui, je me livre un peu plus que d’habitude dans cet article très personnel que j’écris avant tout pour moi-même, mais aussi pour mon entourage – et enfin pour ceux qui, comme moi, sont très sensibles. Si vous ne me connaissiez pas, vous allez en apprendre beaucoup sur ma personnalité et sur mon petit caractère – et si vous me connaissez, tout ceci nous vous étonnera point. On n’a pas toujours l’habitude de voir ce genre d’article sur les blogs de voyage, et cela me tenait à cœur de parler de ce vaste sujet qui touche beaucoup plus de personnes qu’on pourrait le croire: l’hypersensibilité. Ce trait de caractère est-il compatible avec l’envie du monde? Dans cet article, je vous parle un peu de voyage, et beaucoup de ma personne. Bienvenue dans la tête d’une voyageuse très émotive. 

J’ai découvert que j’étais sujette à l’hypersensibilité au lycée. A l’époque, je ne savais en aucun cas gérer mon stress et mes angoisses, qui se traduisaient par des crises un peu étranges où, à bout de force, je m’écroulais sur le sol, en tremblant. Ce n’était pas de l’anémie ni des crises épileptiques. Selon les médecins et psychologues, juste un profond mal être. Avec le temps j’ai réussi à appréhender ces crises, ce qui fait qu’aujourd’hui elles ont totalement disparu. Mais je reste quelqu’un de très stressée au quotidien, qui a tendance à voir plutôt le verre à moitié vide, et qui dramatise les choses alors qu’il n’y a pas lieu. Les situations où mon hypersensibilité prend le dessus se terminent généralement en pleures (et oui, je suis une vraie madeleine). Je suis aussi quelqu’un qui a le “sang chaud”: si quelque chose me déplaît ou me fait de la peine, j’ai tendance à partir au quart de tour, et à m’énerver facilement, quitte à blesser les gens parce que j’ai dit tout haut ce que je j’aurais peut-être dû penser tout bas. Paradoxalement, avec certaines personnes, il m’est impossible de m’exprimer, alors je garde tout pour moi, et cela finit en crise de larmes à la maison (c’est le cas avec les personnes que je considère autoritaires ou que je perçois comme supérieures). J’ai beaucoup de mal avec l’autorité – loin de moi cette idée de ne pas aimer recevoir d’ordre – mais quelqu’un d’autoritaire aura toujours le dernier mot avec moi car je suis une “proie facile”: j’ai tendance à me laisser faire, et je m’impose rarement. Allez, je sais que je ne suis pas la seule, alors un peu d’indulgence s’il vous plait.

Je ressens également beaucoup les émotions des autres. Si une personne de mon entourage est triste, je vais l’être aussi, par pure compassion, et en toute sincérité. Mais je vais en parallèle tout tenter pour redonner le sourire à cette personne – quitte à ne pas montrer mes propres émotions et à plutôt faire le clown pour détendre l’atmosphère. Ça m’arrive, même à distance, de sentir qu’une personne que j’affectionne n’est pas dans un très bon jour. Je le ressens, et j’envoie directement un message à cette personne pour prendre des nouvelles. Je me suis rarement trompée jusque là. Je suis aussi très sensible (et très chiante) quant aux fréquentations de mes proches. J’ai toujours peur qu’ils s’entourent de mauvaises personnes et qu’ils en souffrent. Et là encore, quand j’ai un mauvais pré-sentiment sur quelqu’un, je me trompe rarement. Mais cela entretient l’image de l’amie/sœur/copine possessive et trop protectrice que je ne veux pas forcément être. Je le fais malgré moi. 

Malgré ces petits défauts un peu chiants, je suis aussi quelqu’un de très curieux et j’aime faire les choses un peu à l’arrache, dans le genre “on verra ce que ça donne” même si je m’efforce d’envisager toutes les possibilités. Alors, quand nous avons décidé de faire notre tour du monde, la première chose que Nico m’a dit fut: “j’espère que tu deviendras un peu plus zen par la suite, et que le voyage d’apprendra à relativiser”. Non pas qu’il n’aime pas mon caractère, mais je dois bien avouer que cela ne doit pas être facile tous les jours d’avoir quelqu’un qui se met à pleurer pour la moindre contrariété (j’exagère à peine) ou qui s’énerve vite. Alors forcément, vous devez vous demander comment je fais pour me canaliser lorsque nous voyageons. Car  voyager comme nous le faisons, même si cela nécessite toujours un peu de préparation, c’est toujours un peu l’aventure et dans certaines situations, tout peut devenir incertain. 

Alors bien sûr, même en voyage, j’ai beaucoup pleuré. Pleuré de joie en arrivant à New York; la première destination de notre tour du monde. Pleuré en partant de Rabbit Island parce que je m’étais attachée à la famille chez qui nous vivions. Pleuré quand mes beaux-parents nous ont laissés à Sapa après nous avoir rejoints pendant quinze jours. Pleuré pour une engueulade avec Nico. Pleuré quand un écureuil m’a mordu (non pas parce que j’avais mal, mais plutôt parce que je me suis fait des films). Pleuré quand j’ai cru que le gars s’était barré avec nos sacs à dos en Chine. Pleuré le jour de Noël parce que ma famille me manquait. Pleuré parce qu’on s’est fait arnaquer plus d’une fois… Bref! Qui a un mouchoir s’il vous plait ? En réalité, il n’y a rien de dramatique, c’est juste un peu gênant ne serait-ce que d’avouer qu’on a la larme facile.

Alors comment faire pour gérer cette hypersensibilité lorsqu’on voyage ? Je vous livre mes petites astuces, ou comment j’ai réussi à gérer cela.

Prendre sur soi et respirer

A maintes et maintes reprises j’ai réussi à me contenir et à prendre sur moi. En effet, lorsque l’on voyage en Asie, nous ne sommes pas sans savoir qu’il y a des règles de conduites particulières, comme par exemple “ne pas s’énerver”, “rester poli et garder le sourire”, même quand la situation ne le permet pas. En réalité c’est plus un savoir-vivre dont nous n’avons pas l’habitude nous les français au caractère bien trempé. Au final il n’y a rien de dramatique en soi lorsqu’on perd un peu ses moyens; sauf que pleurer ou s’énerver en Asie, cela signifie “perdre la face, et c’est la preuve que tu ne contrôles pas tes émotions. A la limite, personnellement je m’en fiche si c’est arrivé devant des gens que je ne reverrai jamais. Mais aujourd’hui si cela m’arrive au travail par exemple, les gens qui m’entourent, je les reverrai, et je dois absolument apprendre à me contenir avant que cela devienne un handicap. En voyage, les moments où j’étais vulnérable survenaient davantage lorsque j’étais fatiguée ou un peu stressée, mais cela arrivait aussi beaucoup lorsque nous étions en situation de négociation ou lorsqu’on sentait les arnaques arriver, par exemple. Dans tous les cas, dans la plupart des situations où il y avait un rapport avec l’argent (ça a été beaucoup le cas au Vietnam et en Thaïlande). La négociation, c’est un truc que je déteste, et pour remédier à cela et ne pas prendre le risque soit de céder à mon interlocuteur, soit de partir au quart de tour, je laissais gentiment Nico s’en charger (en voilà, une belle combine pour gérer ses émotions! Se délester!) Bref, lorsque quelque chose me déplaisait, j’essayais d’analyser la situation, et de respirer profondément pour me détendre. Le simple fait de prendre une grande inspiration puis d’expirer lentement (même discrètement) remet les idées en place. Ça marche aussi quand on a du mal à trouver le sommeil (et pas seulement en voyage, d’ailleurs). La leçon à en tirer, c’est de rester calme quoi qu’il arrive.

Profiter des temps de transport pour penser, réfléchir sur soi-même

En voyage, il y aura pas mal de temps de creux où vous passerez d’une ville à une autre, ou bien des moments où vous ne ferez rien, tout simplement. Ces moments ont une grande utilité à mon sens: ils permettent de profiter du paysage, ou bien de penser. Penser à soi-même, réfléchir à nos actes, à nos envies, se demander ce qui fait que la veille nous avons passé une excellente journée et pourquoi, et se demander également pourquoi le jour d’avant était un mauvais jour. Ces moments de “rien” sont très importants, ils permettent de revenir à soi, de faire remonter des souvenirs (bons ou mauvais), de les analyser et d’en tirer des leçons pour avancer. Ces temps-là ressemblent un peu aux moments qu’on s’accorde pour réfléchir le soir avant de dormir (on fait tous ça), sauf qu’en voyage ils peuvent survenir en journée, ce qui fait que le soir, notre tête est presque vide de pensées, et on s’endort plus paisiblement. C’est un avis très subjectif, mais cela a eu au moins le mérite de fonctionner sur moi. 

Marcher, se vider la tête

On marche beaucoup en voyage. Surtout quand on se lance des petits défis et qu’on entame des treks. J’en avais parlé dans l’article sur les gorges du saut du tigre, mais marcher à deux, ça peut avoir à la fois un effet de requinquant, mais aussi décourageant. Je vous invite à aller lire l’article si ce sujet vous intéresse. Mais lorsqu’on marche à plusieurs, on ne se parle pas toujours. Chacun se concentre sur ce qu’il a à accomplir, c’est-à-dire gravir une montagne ou atteindre un point de vue, faire un nombre de kilomètre précis, bref mais dans chaque cas, l’objectif est le même: il faut avancer. Et lorsque je marche j’ai tendance à réfléchir sur moi-même, sur mon passé, sur son avenir. Je profite de tout ce qui m’entoure avec mes yeux, mais dans ma tête, les pensées s’entremêlent et commencent à blablater entre elles. Mine de rien, c’est ce qui fait qu’à la fin du parcours, je me sens vidée de toute pensée négative, et pardonnez-moi l’expression, mais même si j’en ai chié à la gravir cette montagne, et bien je suis fière de moi parce que j’ai réussi et je me sens revivre!

Ecrire, mettre des mots sur nos émotions

En voyage, j’emporte toujours avec moi un carnet et de quoi écrire. Même si je n’étais pas très régulière, il m’arrivait de prendre le temps de me poser dans un coin et d’écrire mon ressenti sur ma journée: si elle avait été éprouvante, ou si au contraire elle avait été joyeuse. Ça me forçait aussi à mettre des mots sur mes émotions et à garder un souvenir d’un moment précis pendant le voyage. Ecrire libère l’esprit – c’est d’ailleurs aussi pour cela que j’écris cet article aujourd’hui. Mais à la différence de celui-ci, mon journal de voyage ne sera jamais publié et je serai la seule à en relire les passages, qui pour moi sont de l’ordre de l’intime.

Rencontrer des gens

Certaines semaines, nous restions un peu dans nos bulles, et ne parlions pas forcément avec les autres voyageurs (c’est notre petit côté asocial, ça arrive par moment). Et d’autres semaines nous rencontrions des voyageurs tous les jours avec qui nous avons partagé de jolis moments quitte même à créer des affinités et de vraies relations amicales. Ces semaines-là, généralement, aucun nuage ne passait au-dessus de ma tête. Parler aux gens même le temps d’une soirée en anglais ou en français, avec qui tu partages tes bons moments ou ton parcours, tes expériences, tu en ressors forcément comblé car ce n’est finalement que du positif et de la bienveillance. C’était aussi le cas bien évidemment lorsqu’on rencontrait des locaux! (alors théoriquement on en rencontrait tous les jours, mais on n’avait pas forcément toujours des échanges très poussés, la faute à la satanée barrière de la langue).

Se dire que ça pourrait être pire, et se rappeler la chance qu’on a de voyager

Pour combattre l’hypersensibilité, rien de mieux que de relativiser. Alors je sais, c’est difficile, mais le voyage nous apprend à le faire parce que les situations pour lesquelles j’ai bien failli me laisser envahir par mes émotions étaient loin d’être graves. En réalité, il y a toujours pire dans la vie, mais ça n’enlève pas notre droit de se plaindre et ça ne doit en aucun cas être une source de refoulement de nos émotions. Mais dès lors que je me suis surprise en train de me plaindre de quelque chose, je me suis rappelée: “une petite seconde, tu as énormément de chance d’être ici, tu l’as choisi, tu es libre, tu ne crèves pas la dalle, tu sais que quoi qu’il arrive tu auras un toit sur la tête ce soir car personne – et surtout pas les locaux – ne te laissera dehors”. 

Au final, c’est notre cerveau qui contrôle nos émotions si on les laisse nous accaparer. Le tout n’est pas de tenter de les contrôler à tout prix, mais de les apprivoiser. Honnêtement, personne ne vous en voudra de déborder d’amour et d’énergie, et de laisser apparaître vos émotions à ce moment-là, mais dès lors que vous vous montrez vulnérable, les personnes en face de vous vont mal vous juger, et ça fait rarement plaisir. Le tout est de trouver un équilibre dans lequel vous vous reconnaîtrez et qui vous semblera juste. Bon, je suis la première à dire que montrer ses émotions est un signe de sincérité, et qu’il ne faut pas s’en priver! Sachez que l’hypersensibilité est avant tout une qualité qui prouve cela, et qui témoigne également de votre ouverture d’esprit, qui prouve que vous êtes à l’écoute et que vous avez de la sympathie pour les autres. Et puis merde, pleurer ça fait du bien.

Infos pratiques

Une vidéo très intéressante sur la chaîne de La Carologie:
La Carologie – Hypersensibilité/Hyperémotivité 

Pour aller plus loin:
L’hypersensibilité en livre 

7 thoughts on “Comment gérer l’hypersensibilité en voyage – confession d’une voyageuse émotive

  1. coucou
    je crois que tu as trouvé les bons remèdes pour ton hypersensibilité
    ne change pas et continue d’écrire tu le fais tellement bien
    gros bisous a vous deux

  2. Même si ça doit parfois être difficile à vivre, ton hypersensibilité fait de toi la personne exceptionnelle que tu es. C’est très rare de rencontrer des personnes entières avec autant d’empathie, ne change pas !

    1. Oh, merci infiniment! ça me touche beaucoup.
      Et même si cela ne facilite pas toujours les choses, c’est plutôt un atout au quotidien que d’être sensible au monde qui nous entoure 😉

    1. Merci Séverine!
      Exactement, c’est pour ça que j’insiste sur le fait qu’être hypersensible, c’est avant tout une qualité, même si ça a ses petites contraintes.
      Bisous à vous deux aussi, hâte de lire vos prochains articles!

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